"Caelum non animum mutant qui trans mare currunt"

29 de noviembre de 2011

▪ Je n'ai jamais su...



Dans chaque seconde il y a un roman complet, avec son début et sa fin, avec tous ses enchaînements de causes et de conséquences et ses infinies dimensions horizontales et verticales. Mais ce qu’il m’en reste maintenant c’est cela, à peine une trace, un parfum sensible de la largeur de ce corps, le poids de ce volume charnel et l’espèce de moiteur de la peau, les fins cheveux blonds que je caressais sur son épaule, l’impressions de pouvoir toujours tout comprendre des êtres comme moi à la recherche de la lumière, et l’impression aussi que cette lumière je ne peux pas la donner parce que je ne l’ai pas en moi, ni la lumière, ni la paix, ni l’amour, et aussi cette brisure, ce quelque chose de cassé dans les profondeurs, comme une mort douloureuse constituée de mille petits détails, une mort bien à moi et par laquelle je devais nécessairement passer, je devrai encore passer, boire jusqu’au bout, jusqu’à la lie. Je n’ai pas su aimer, je n’ai jamais su aimer, et il faut qu’on m’apprenne en m’enfonçant la tête dedans de force, regarde, sens, hume ton malheur, ton désespoir, comprends-tu pourquoi tu souffres? Regarde encore, étouffe encore, encore plus, tu n’as jamais aimé que ça, toi, un mirage.

Voyage en Irlande avec un parapluie, Louis Gauthier


 

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