"Caelum non animum mutant qui trans mare currunt"
Mostrando entradas con la etiqueta Louis Gauthier. Mostrar todas las entradas
Mostrando entradas con la etiqueta Louis Gauthier. Mostrar todas las entradas

1 de enero de 2013

▪ Writer vs. Words



Ils ne sont jamais neutres, les mots, ils déforment tout, ils nous chassent des pays merveilleux de l'enfance, ils nous circonscrivent, nous limitent et nous censurent et quand nous entrons dans une langue, nous ne savons pas dans quoi nous entrons, mais c'est une religion, c'est une cathédrale, c'est une maison, c'est un vêtement et nous aurons beau faire et beau nous débattre, nous sommes pris. Il n'y a plus de pureté possible, le regard s'amenuise, l'œil ternit, on nous aveugle lentement et notre seul effort doit consister à retrouver la vue, à réapprendre à voir, mais entre nous et ce que nous sommes vraiment se tient la barrière de milliers de mots, avec leur histoire, leur découpage, leur référents, leur poussière, leur passé, leurs déformations, leur tristesse. Et la seul issue pour moi actuellement c'est la fuite accélérée de cela qui me rejoint toujours, qui me rejoint tellement vite, qui se jette sur moi et m'empêche de voir, qui me bouche la vue, qui me bouche la liberté. Je ne veux pas devenir aveugle. Il n'y a personne au monde qui puisse me donner ma liberté, pas même les plus grands ni les plus libres des hommes, parce que le mot grand et le mot libre et le mot homme sont encore des mots. Je déteste les mots, tu sais, oui je suis écrivain et je déteste tous les mots qui me poursuivent et me harcèlent et me persécutent et le mot écrivain est un de ceux-là parce que c'est quoi ça, être écrivain, penses-tu? Est-ce que je suis écrivain quand je te parle, quand je prends l'autobus, est-ce que je suis écrivain dans mon bain, quand je mange ? Et toi qui me prends pour un écrivain, qu'est-ce que tu penses que je suis, un mot?

Voyage en Irlande avec un parapluie, Louis Gauthier
 
 
 

1 de abril de 2012

▪ An Autumn Like No Other



RECUERDO DE UN OTOÑO DIFERENTE

El otoño acá es abundante y se instala en seguida. De repente, muchas hojas secas y muchísimo frío por todas partes, y no queda otra que lidiar con eso. Si no fuera por las hojas que cubren la ciudad entera, uno de los nuestros podría pensar tranquilamente que es invierno. El frío otoñal responde a otros parámetros por estas latitudes. Por eso me abrigo bien, tomo mis cosas y me dispongo a salir. Mientras voy bajando la escalera, termino de ponerme el gorro y los guantes y respiro el aire fresco. Sonrío. Es una hermosa mañana soleada y estoy libre, no tengo nada que hacer, solo disfrutar del otoño canadiense québécois. ¡Qué placer! Empiezo a caminar un poco hacia la derecha entre las hojas secas y, cerca de la esquina, veo el cartel con el nombre de la calle. Rue Marie-anne. Sonrío. Me acuerdo del local La Chilenita que está sobre esa misma calle y pienso que a la tardecita podría comprar unas empanadas para la cena. Pero ahora no quiero ir hacia allá, ni hacia l’avenue du Mont-Royal. Se me ocurre una idea mejor. Doy media vuelta y vuelvo sobre mis pasos, hasta llegar a la esquina opuesta. Rue Rachel. Me dispongo a cruzar, pero me detengo instintivamente al ver un auto que se acerca. Me resulta extraño que el auto disminuya la velocidad, pero en ese mismo instante vuelvo a ver las hojas secas a mis pies y recuerdo donde estoy. ¡Claro! Acá es distinto. Sonrío. Cruzo la calle diciendo “merci” y haciendo un gesto de agradecimiento con la cabeza. Doblo a la derecha mientras pienso “je tourne à droite maintenant”. Sí, lo sé, me hablo a mí mismo y en francés. Mientras camino por Rue Rachel, evito pensar que necesito un psicólogo, tacho esa idea en mi cerebro y me convenzo de que en realidad lo hago solo para practicar, para usar las palabras nuevas que voy aprendiendo, en fin, que lo hago por una buena causa (même si je sais que chu fou). Mientras voy caminando, descubro alguna que otra decoración de Halloween nueva, que todavía no había visto, y sonrío. Camino un poco más y llego al Parc La Fontaine. Aún hay varios árboles verdes. Por alguna razón me transmite mucha paz este parque cada vez que vengo. Sonrío una vez más. Empiezo a caminar entre los bancos de madera, bajo los árboles que bordean el camino, y sigo derecho hasta el centro. Mientras camino, me entretengo viendo las ardillitas que andan por todas partes, tan simpáticas, escurridizas y traviesas. Finalmente llego a destino. Veo ese arce con sus hojas de un rojo intenso y me siento debajo, en ese banco que mira justo al laguito, que poco a poco empiezan a vaciar, antes de que llegue el invierno y todo el mundo patine feliz sobre el hielo. Qué hermosa vista. Saco mi libro de Louis Gauthier y miro alrededor. Qué tranquilidad. Las hojas siguen cayendo y yo sigo juntando las que más me gustan. No hace tanto que empezó el otoño, pero ya junté varias. “Ceci sera pour lui”, pienso al guardar en mi libro una de las hojas de ese árbol que me resguardaba con su resplandor rojizo. Sonrío y retomo la lectura de Voyage en Irlande avec un parapluie:

J'éprouve comme un délicieux vertige la tentation perverse d'échapper mon sac à la mer, papiers d'identité, argent, billet de retour, souliers de rechange, chandail, chemises, bas, sous-vêtements, tout cela s'enfonçant entre des poissons indifférents, tournoyant doucement, ne voulant plus rien dire, disparu, fini, me laissant là, sans nom, sans passé, tel que je suis. Identité perdue, des villes entières englouties, happées par le flux du Temps, gobées, avalées, anéanties, effacées de la mémoire avec leurs fonctionnaires, leurs archives, leurs codes, noyées implacablement dans l’aveugle nuit des profondeurs.

"En la noche ciega de las profundidades..." Dejo de leer y anoto el número de la página, porque yo también estoy de viaje como el protagonista de la historia. Sonrío. Me distraigo un poco mientras mis pensamientos vuelan o, mejor dicho, nadan. Miro el reloj y veo que todavía es temprano. Vuelvo a concentrarme en la lectura. Avanzo rápido y la historia me atrapa. Sé muy bien que pronto voy a terminar de leer el libro, pero no sé que va a ser exactamente en este mismo lugar, en este mismo banco y bajo este mismo arce. Sé muy bien que tarde o temprano este otoño va a llegar a su fin, pero también sé que no va a ser el último. Sé muy bien que mi viaje tendrá que terminar y llegará el momento de irme, mais je sais aussi, sans doute, qu’un jour je reviendrai, c’est sur, et je me rappellerai bien de cet automne particulier, des feuilles rouges, de toi, de cet endroit, de ce livre sur mes genoux... Et je sourirai. 

(2011)
 
  


 

28 de febrero de 2012

▪ Tout le monde devient fou



Moi j'aspire à l'éternité et je la veux, je sais qu'elle existe et je sais où elle est, à l'instant où je te parle. Plus loin, plus haut, plus bas, plus près, que m'importe, le mot "éternel" est une invention qui nous détourne de l'éternité. L'éternité est dans ce qui entre en moi et ce qui sort de moi trop vite pour que je le sache. Fou, oui, tu le sais aussi bien que moi, tout le monde devient fou. Les écrivains, les artistes, les chercheurs deviennent fous, et ceux qui ne deviennent pas fous demeurent ce qu'ils sont, des gens ordinaires et heureux de courir au dépotoir de l'espèce sans jamais avoir frémi d'horreur et sans avoir connu l'extase et qui meurent sans jamais être morts et qui sont effacés sans laisser de traces. Parfois je les envie de vivre dans cet univers pleins de sens, avec la mesure de l'argent, l'ubiquité du politique, les facilités du sexe et le repos de la distraction. L'éternité est sans mesure, comment pourrions-nous en parler? La poésie n'est pas donnée à tout le monde, il faut d'abord faire la conquête du silence et faire taire la voix de tout ce qui en nous n'est pas de nous. Les mots sont de trop. Nous parlons trop, nous lisons trop et nous écrivons trop. Nous donnons du sens à ce qui ne devrait être que du son. Les Orientaux ont raison: mantras et silence.

Voyage en Irlande avec un parapluie, Louis Gauthier


4 de enero de 2012

▪ Even if we Leave, we Stay

 

Quand les images se succèdent sans jamais se fixer et que nous glissons en elles, fluides, mobiles, quand tout cela est éphémère et sans solidité et qu'on n’a pas de prise. Quand on sait que cet instant ne se reproduira plus jamais, qu’il passe, qu’il passe sans qu’on puisse même en un instant le saisir. Et c'est comme si je me voyais du bateau sur le quai et comme si je me voyais du quai sur le bateau et que je pouvais me dire adieu et continuer deux existences qui à partir de maintenant ne se rencontreraient plus jamais.

Voyage en Irlande avec un parapluie, Louis Gauthier
 
 
  

21 de diciembre de 2011

▪ Bonheur, joie pure, extase, liberté

    

Comme ce matin, je sens monter en moi d’indescriptibles bouffées de bonheur, de grandes vagues de joie pure, des frissons d’extase et de liberté. Je n’ai de comptes à rendre à personne, personne ne sait où je suis, ce que je fais, personne ne sait qui je suis et c’est comme si je n’étais plus rien, rien que cette plaque sensible sur laquelle s’impriment successivement tous les carrefours de Londres, rien qu’un miroir, et je ne veux rien faire d’autre que marcher jusqu’à l’épuisement, me saouler de cette prodigieuse paix, de cette prodigieuse béatitude.

Voyage en Irlande avec un parapluie, Louis Gauthier


       

29 de noviembre de 2011

▪ Je n'ai jamais su...



Dans chaque seconde il y a un roman complet, avec son début et sa fin, avec tous ses enchaînements de causes et de conséquences et ses infinies dimensions horizontales et verticales. Mais ce qu’il m’en reste maintenant c’est cela, à peine une trace, un parfum sensible de la largeur de ce corps, le poids de ce volume charnel et l’espèce de moiteur de la peau, les fins cheveux blonds que je caressais sur son épaule, l’impressions de pouvoir toujours tout comprendre des êtres comme moi à la recherche de la lumière, et l’impression aussi que cette lumière je ne peux pas la donner parce que je ne l’ai pas en moi, ni la lumière, ni la paix, ni l’amour, et aussi cette brisure, ce quelque chose de cassé dans les profondeurs, comme une mort douloureuse constituée de mille petits détails, une mort bien à moi et par laquelle je devais nécessairement passer, je devrai encore passer, boire jusqu’au bout, jusqu’à la lie. Je n’ai pas su aimer, je n’ai jamais su aimer, et il faut qu’on m’apprenne en m’enfonçant la tête dedans de force, regarde, sens, hume ton malheur, ton désespoir, comprends-tu pourquoi tu souffres? Regarde encore, étouffe encore, encore plus, tu n’as jamais aimé que ça, toi, un mirage.

Voyage en Irlande avec un parapluie, Louis Gauthier


 

21 de noviembre de 2011

▪ Le grand malheur de t'avoir perdu

 
 
Nostalgie et poésie et encore: cela pourrait revivre par l'imagination et s'enflammer, donnez-moi deux verres de gin, ou deux Guinness, et je m'en rappellerai des souvenirs de bar où tu chantais (...) et moi, assis près du piano, je riais parce que tu m'aimais, parce que j'étais en amour avec la chanteuse comme dans les vues, mais je n'avais pas prévu la fin du film, bien qu'elle fût aussi évidente que dans n'importe quel mauvais scénario: l'écrivain et la chanteuse, l'amour fou, le champagne, les exigences des contrats, les petits chicanes de ménage, les scènes de jalousie, la boîte à musique qui se brise, (...) mais moi je n'ai rien compris, j'ai juste envie de me saouler la gueule et les bars sont fermés à cette heure-ci, alors je bois son maudit thé à défaut d'autre chose, pour boire, en attendant, en rêvant à l'ivresse, parce que j'ai soif, et plus le film avance plus j'ai soif, et finalement au lieu de aller me coucher bien saoul et heureux comme un bon écrivain, je passe la nuit les yeux grands ouverts à écouter les maudites cloches de cette maudite église historique qui sonnent les heures et les demi-heures, en attendant que le jour se lève, en pensant à toi, toujours à toi, et au malheur, au grand malheur de t'avoir perdu, pour toujours, car cela au moins je peux compter là-dessus pour toujours.


Voyage en Irlande avec un parapluie, Louis Gauthier

 
 

21 de octubre de 2011

▪ Silent Literature



Je répondis que je n'écrivais plus, que je ne voulais plus écrire, qu'il n'y avait plus que le silence que me satisfaisait. Je prétendis que la littérature était une maladie, ruineuse pour l'organisme, dangeureuse pour la société, inutile pour la vie et malsaine à sa source. Angèle se moqua de moi. Paul affirma que j'écrivais en cachette, que je prenais des notes le soir en rentrant à la maison. J'exposai ma théorie du moment: la vie était une fiction, de toute manière. La réalité ne nous concernait pas. La réalité concernait la matière et l'esprit et nous étions entre les deux, nous étions à la fois les créateurs de la fiction humaine et ses produits. La littérature, si on ne trichait pas, ne pouvait que conduire au silence.


Voyage en Irlande avec un parapluie, Louis Gauthier